Un Conte de Noël, d’Arnaud Desplechin, par Julie Deliquet à L’Odéon

Une fois de plus, Julie Deliquet transforme une œuvre cinématographique en véritable objet théâtral. Avec son adaptation tchekhovienne d’Un Conte de Noël, d’Arnaud Desplechin, aux Ateliers Berthier, elle se positionne comme l’une des metteuses en scène les plus sensible de sa génération.

Un conte de noel

Julie Deliquet et son Collectif In Vitro ont le goût de la communauté, de l’être ensemble. Après la famille Tchekhovienne au Vieux Colombier et celle de Bergman à la Comédie-Française, Julie Deliquet se penche sur les Vuillard, une famille roubaisienne, dramatiquement théâtrale. Abel et Junon ont eu quatre enfants, dont le fantôme de l’ainé, Joseph, mort jeune, a scellé le destin des trois autres. Frères, sœur, femmes, maris et enfants, se retrouvent dans la maison de leur enfance, au moment de Noël. Junon, annonce qu’elle a un cancer et qu’il lui faut une greffe. La maladie se répandra au sein du foyer, faisant renaitre et attisant les conflits et la haine. Chacun tente de garder la face, de se montrer légitime, mais la rancœur et les frustrations ont désormais rongées tout l’espoir qu’il restait.

Comment aimer lorsqu’on se méprise soi même ? Comment aspirer au bonheur et à la croyance alors que tout ne semble être que fatalité ?

Placé en bi-frontal, témoin intime de ces méandres familiaux, le spectateur observe cette arène. Il assiste à la représentation de Titus Andronicus, la tragédie familiale la plus sanglante de Shakespeare. Une scène de Théâtre à l’état brut, que la metteuse en scène a judicieusement ajoutée, à la place du traditionnel spectacle de Noël de Desplechin. Une malédiction semble frapper chaque année. Le rituel est destructeur, chacun le sait, mais tous reviennent à la ruche, se confronter à la douleur de leur réalité, à cet échec, qui leur prouve, malgré tout, qu’ils sont vivants. L’ambiance et l’impuissance des personnages nous rappellent Tchekhov. Chacun tente d’échapper à son destin en osant, en avouant. Mais certains d’entre eux échouent et retombent prisonniers, dans la résignation d’une solitude éternelle.

Julie Deliquet excelle toujours dans la recherche de réalisme et d’identification. Elle parvient à créer des scénographies et des atmosphères familières qui incluent toujours le spectateur. Tout est précis, léger, naturel et savamment orchestré. La vie l’emporte toujours sur la morosité.

Les personnages sont volubiles, tragiques, empathiques, chancelants, persistants et orgueilleux. Les comédiens se déplacent sur une corde sensible. Certains vacillent et titubent plus que d’autres, peinant à aller à la racine du mal, manquant parfois d’abîmes. D’autres, comme Hélène Viviès nous attendrissent et nous déchirent jusqu’au cœur. Un cœur qui s’allège souvent grâce à la désinvolture et au piquant d’Agnès Ramy, la seule qui échappe aux fêlures de ce microcosme en feu.

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