Amer M., de Joséphine Serre au Théâtre de la Colline

C’est au Théâtre de la Colline, haut lieu des récits manquants et des errances, que Joséphine Serre présente Amer M., à partir des documents retrouvés à Paris dans le portefeuille d’un inconnu, sur les traces duquel elle est partie. Une tendre déclaration d’amour à l’étranger et aux pouvoirs du Théâtre.

Amer M. / Colette B. : un diptyque théâtral sur l'exil et l'identité

Amer M., écrit et mis en scène par Joséphine Serre est un voyage réel en France et en Kabylie sur la piste d’un certain Amer M. , né dans les années 1930 et arrivé en métropole en 1954. Un voyage fantasmé dans cette histoire commune et conflictuelle de la France coloniale et de l’Algérie d’après la décolonisation. Fiction, autofiction, théâtre documentaire s’entrelacent pour composer un portrait toutes en nuances de ce travailleur algérien, de sa vie, de son amitié amoureuse avec une pianiste Colette B. Par le biais du Théâtre Joséphine Serre et les comédiens tissent les multiples vies possibles de cet Ulysse du début du XXI siècle.

Ce texte lauréat des Journées de Lyon des Auteurs de Théâtre 2016 est à la recherche de l’intimité d’un être traversé par l’histoire. La démarche de création au service de l’imagination est au cœur de ce spectacle. Joséphine Serre invente tout un monde à partir du mystérieux et de l’intime. Carte Paris santé, document de la CAF, récépissé bancaire, permis de conduire, carte de visite d’une assistante sociale, certificat de résidence d’Algérien, notice de l’Aténold, lettre de Colette B., papier d’identité certifiant une naissance le 12/01/1932 à Isserville les Issers… Autant de documents à partir desquels s’ouvrent les champs des possibles. Sur scène plusieurs voix se soutiennent et se mélangent, redonnant vie à Amer M., l’inconnu exilé qui fait dialoguer présent et passé.

Critique - Amer M. / Colette B. de Joséphine Serre à la Colline

Sur le plateau Guillaume Compiano comédien et peintre créait dans le temps de la représentation et à partir des documents présentés, des collages, dessins et peintures qui aboutissent à une cartographie d’Amer M..

Des instants de grâces succèdent à un désordre administratif pointé d’humour. Joséphine Serre livre une déclaration d’amour à un destin emprunté et modifié mais pas volé. Elle fait renaître un inconnu dans lequel elle reconnait ses failles et ses interrogations. Elle est d’ailleurs une comédienne vive et acidulée. Une amoureuse des mots. L’œil vif et concentré, elle porte cette histoire hasardeuse comme un signe immanquable du destin.

 

« Il n’y a pas d’arrêt en moi ; mais il n’y a pas de ligne droite, pas de point de chute ; cette traversée. J’ai vu Alger s’éloigner et dès lors c’était fini, j’étais sur la mer, j’y suis toujours, une mer infinie. Je ne savais pas. Mais ça n’a jamais cessé. Et c’est pour cela que j’aime avec vous valser. Car vous avez connu cela. Vous êtes cela. Ce roulis. Ma vague retrouvée. Vous êtes très chère à mon cœur. », Amer M., de Joséphine Serre aux Éditions Théâtrales

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