Encore une journée divine, de Denis Michelis mis en scène par Emmanuel Noblet au Théâtre des Bouffes-Parisiens

C’est avec une adaptation signée Emmanuel Noblet et taillée sur mesure que François Cluzet signe son retour sur les planches, au Théâtre des Bouffes-Parisiens, dans Encore une journée divine, de Denis Michelis. Un seul en scène drôle mais terrifiant qui n’est pas sans nous rappeler certaines dérives dictatoriales de nos sociétés. 

@Jean-Louis Fernandez

Robert, un thérapeute reconnu, essayiste prolifique, n’a plus supporté de voir ses patients stagner et s’est mis en tête de changer radicalement de méthode. Au même moment, son frère Honoré, professeur de voile, disparaît mystérieusement en mer. Désormais, c’est entre les murs d’un hôpital psychiatrique que Robert se confesse à son médecin accompagné d’une infirmière. 

Si la tendance depuis plusieurs années est à l’adaptation de romans sur les planches des Théâtres, il faut reconnaître qu’Encore une journée divine s’y prête particulièrement. Cette farce tragique aux allures policière est au service d’un personnage savamment théâtral dans sa complexité et dans son rapport au monde. Ici la fiction se fait miroir de nos ambiguïtés. 

Dans une société dans laquelle les nuances disparaissent, on suit les injonctions. L’écoute et le libre arbitre laissent alors place à une forme de radicalisation. Robert illustre parfaitement cet exemple à travers son ouvrage « Changer le monde« .  Assez de réflexion, d’introspection, d’écoute compatissante : le temps est venu de passer à l’action ! Et cela signifie avoir recours à une forme de violence qui mène à la suppression de son prochain.  

@Jean-Louis Fernandez

« Oui Docteur, nous avons tous faibli au cours de notre mission en proposant à nos patients de coucher leur inconscient sur le moelleux de nos divans. Mais qu’est-ce qu’on en a à foutre de l’inconscient quand votre vieillard de père lève encore la main sur vous parce que vous avez osé le contredire. Vous saisissez?  » – Encore une journée divine, de Denis Michelis

Seul sur scène, dans une chambre d’hôpital stérile, François Cluzet captive l’attention sans divulguer sa folie. Il maîtrise parfaitement l’exercice du dialogue avec un interlocuteur scéniquement absent. Le calme se dissout peu à peu, la frénésie et la déstabilisation s’installent pour laisser place à un climat d’interrogation. Cet homme est-il enfermé pour une simple dépression ou a-t-il commis l’irréparable? Le suspens plane tout au long du spectacle. 

Dans une mise en scène sobre mais cadencée signée Emmanuel Noblet, François Cluzet découvre une palette émotionnelle riche mais pas assez aboutie. Peuplé de mouvements parasites et parfois d’une tonalité trop quotidienne, on aperçoit parfois l’acteur à défaut du personnage. Au Théâtre la subtilité est essentielle pour découvrir les écorchures de l’âme humaine. On ne peut cependant pas lui enlever une implication sincère, une joie communicative de fouler les planches qui le rend attachant et fragile. Un spectacle qui comme avec la Winnie de Beckett nous laisse un goût joyeux mais amer, celui d’un homme qui règne sur son malheur.

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