Elsa Granat, metteuse en scène à succès dans ses revisites de classiques du grand répertoire théâtral se lance un nouveau défi : celui de présenter un premier texte jeune public sur la scène du Théâtre Paris-Villette. Papy Quichotte est un spectacle poétique et régressif qui aborde intelligemment avec douceur et humour la maladie mentale et l’isolement. Une reconnexion avec l’imaginaire de chacun.

Cloué sur son fauteuil, Papy se prend pour Don Quichotte ! Le matin, il veut qu’on lui ramène sa monture et son armure. Parfois, Papy Quichotte veut faire un tournoi. Alors Papa Lancelot prend ses armes et défie le vieil homme. Maman invente des attaques de brigands pour que Papy puisse la défendre. Ainsi, Papy n’ira pas en EHPAD, sa famille prendra soin de lui, en lui faisant vivre l’histoire héroïque dont il rêve. Mais pour sa petite fille, comment concilier cette folie bienveillante avec son besoin de réel ?
Sasha est une petite fille débordante d’imagination qui jongle entre un quotidien morose et des aventures espagnoles extraordinaires avec son Papy adoré. Coincée entre une mère cantatrice recluse, qui se protège en plongeant sa tête dans un vase et un père très cartésien, obsédé par les règles et la prise de muscles, elle s’évade à travers les histoires trépidantes de son Papy qui l’embarque toutes les nuits au pays des chevaliers. Avec lui, elle entretient son âme d’enfant et s’investit corps et âme dans toutes leurs quêtes. Leurs rencontres extraordinaires prennent vie et embarquent avec elles toute la petite famille au pays de Cervantès. Ensemble, ils chevauchent au-dessus de la Terre, affrontant les éléments, goûtant au délice de la liberté et de tous les possibles. Car Papy a besoin de ces histoires pour survivre. Échapper au présent et laisser son cerveau errer dans des pays plus joyeux que dans les méandres de la maladie et de l’oubli. Sasha ne veut pas que son Papy finisse à l’EPAD et pour cela elle est prête à tout. Un vaste terrain de jeu auquel chacun finira par se prêter, laissant son âme d’enfant prendre le dessus sur un contrôle inutile et isolant. Le moyen de consolider les êtres, de refaire famille et de s’aimer différemment dans un monde codifié qui aspire et juge les différences.

Cette fois à hauteur d’enfant, Elsa Granat perpétue son travail sur le lien et le vivre ensemble, offrant toujours une place choix à la liberté qu’on décide de s’accorder et d’accorder aux autres. Elle transforme habilement le plateau du TPV en un lieu du quotidien qui peu à peu se métamorphose, laissant la place au poétique et au jeu dans sa forme la plus régressive. Sasha planquée sous la scène de son salon, emmitouflée au pays de l’enfance et de la croyance se déploie sur la grande scène de la vie et de tous les espoirs. Un plateau, espace d’invention et de réinvention perpétuelles. Un lieu en recherche de solutions pour aspirer à la légèreté et à la tendresse. La poésie se déploie à travers une marionnettiste qui habille les espaces de ses oiseaux et autres animaux, amis fidèles et enchanteurs.
Maëlys Certenais campe une Sasha espiègle et pétillante qui n’est pas encore prête à quitter le monde de l’enfance. Antoine Chicaud un père rigide dont la retenue constante cache bien des surprises. A ses côtés Esther Lefranc est une épouse et une mère qui jongle avec un quotidien sans relâche, veillant à maintenir la communication et égayant le quotidien de ses chants mélodieux. Enfin Dominique Parent ou Papy nous transporte par sa gouaille et son humour vers des contrées lointaines qui suspendent le présent.
