Zaï zaï zaï zaï, de Fabaro mis en scène par Paul Moulin au Monfort théâtre

©François GOIZE
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Zaï zaï zaï zaï, ou la bande dessinée a succès de Fabcaro, un auteur qui jongle à merveille entre critique sociale et humour corrosif. Fabrice, le personnage principal, lui-même auteur de BD, réalise, à la caisse d’un magasin, que oh drame, il n’a pas sa carte de fidélité sur lui. La caissière, paniquée par cet oubli, alerte le vigile, mais Fabrice parvient à lui échapper et s’enfuit. Démarre alors un road movie hilarant, psychotique et improbable autour de ce fugitif qui constitue une vraie menace pour la société. Son délit est sur toutes lèvres, relatant des réactions improbables mais profondément signifiantes chez les principales figures de la collectivité (médias, autorité, famille, amis, éducation nationale…).
« Alors les enfants, qui est ce qui peut me dire ce qu’est la tolérance ? Ba non pas toi Malek ! »

Théâtre joyeux et collectif, friand de convivialité, interrogeant sans cesse les processus de représentation, c’est au Monfort, que la Compagnie L’Argument nous présente l’adaptation de Zaï zaï zaï zaï.
©François GOIZE ©François GOIZE

Nous redécouvrons avec délice et excitation le texte hilarant et satirique de l’auteur.
« Je suis assez individualiste, je préfère écouter ma musique seule que d’avoir à engager la conversation avec quelqu’un d’autre que je ne connais pas ».
Pendant une heure, une cinquantaine de personnages verront le jour, créant un climat d’urgence et de paranoïa permanent, reflet acide de notre société actuelle. Une œuvre fantasque qui en appelle à l’inventivité et à la liberté qu’offre un plateau vide de Théâtre. Une scène occupée par deux tables, la première recouverte de micros, la seconde servant à la régie son. De même que l’on essaye de nous faire croire que nous assistons à l’enregistrement d’une émission de radio, nous découvrons un fabuleux laboratoire d’expérimentation. La mise en scène est rythmée, tout est créé sous nos yeux dans le but d’une fiction/émission, qui dépassera les murs du Théâtres. Les arts se passent le relais et s’imbriquent les uns dans les autres pour brouiller les pistes.

Pendant que le musicien ponctue de sa guitare les moments forts, une comédienne tintinnabule, tourne, frappe, secoue et remue sous un micro une multitude d’objets du quotidien (poireau, tasses, grelots, clavier, stylos…), pour créer des ambiances sonores familières et sensorielles. Avec un dispositif simple, mais une énergie folle, les comédiens nous embarquent avec eux dans cette tribulation grotesque et récréative. Aymeric Demarigny, Adèle Haenel, Emmanuelle Noblet, Aurélie Verillon, Maxime Coggio, Élisa Bourreau, Christophe Danvin et Cyrille Labbé, rendent cette représentation électrique et piquante. Passant d’une voix, d’un regard et d’une posture à une autre en une fraction de seconde, ils s’adonnent avec plaisir et ludisme aux multiplications d’identités. Une pensée pour Emmanuel Noblet et Aurélie Verillon dont l’exaltation et la jouissance sont sans égales.

Un commentaire sur “Zaï zaï zaï zaï, de Fabaro mis en scène par Paul Moulin au Monfort théâtre

  1. Bravo ; cela donne envie d’y courir dans ce contexte pas drôle. Mais elle va voir de l’hilarant alors la fameuse critique théâtrale Savannah Macé !
    Continuez ; c’est une bouffée d’oxygène.
    MERCI
    Muriel francione

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