Cette saison, le Théâtre public de Montreuil offre une carte blanche à la chorégraphe et danseuse Gaëlle Bourges. L’occasion de découvrir l’univers de cette artiste engagée et percutante qui explore avec subtilité et grâce les liens entre histoire de l’art, histoire des corps et mémoire collective.

OVTR (on va tout rendre) et (La Bande à) Laura, proposent des immersions dans le monde de l’art et du corps en mouvement. Que ce soit à l’Acropole d’Athènes avec les six cariatides qui soutiennent le temple ou dans l’atelier d’Edouard Manet avec son tableau Olympia. A travers ces deux propositions, Gaëlle Bourges aborde nos civilisations à partir de nos héritages artistiques et culturels. Elle place les oubliés au cœur de son travail d’analyse. Des oubliées, presque anonymes qui sont toujours des femmes. Des femmes de l’ombre qui sont au service de celui qui est mis en lumière. Des femmes qui manquent car elles sont extraites de leur socle, coupées de leurs racines ou relayées au second plan.
Les cariatides reflètent cette suprématie occidentale colonialiste et bourgeoise qui s’approprie les biens et les récits d’autres cultures. Faire fi du récit collectif et universel, ignorer l’Histoire, pour se centrer sur ses désirs de possession, de richesse et de pouvoir. Le récit d’un vol historique à la Grèce par l’Angleterre. L’histoire de pillages irréversibles qui des siècles plus tard marque encore les esprits. L’Acropole est chargée de significations religieuses et symboliques, ayant été le théâtre de plusieurs mythes et rituels. Les Caryatides de l’Érechthéion, qui portaient leurs fardeaux avec élégance, étaient également liée à l’identité et à la culture grecque. Leur vol représente donc une rupture non seulement physique mais aussi symbolique, une perte pour un peuple qui voit un de ses symboles culturels déplacé. Le problème le plus profond réside dans le refus de la Grande-Bretagne de laisser tomber son héritage colonial et de s’accrocher aux symboles de conquête. Faute de restitution réelle, ce spectacle entame une démarche de restitution morale en donnant corps, vie et liberté de choix à ces cariatides arrachées, séparées et dénaturées. Sur scène 6 danseurs et danseuses représentent les statues qui évoluent au rythme du récit porté par l’incroyable Jonathan Drillet qui s’affirme en narrateur fantasque et charismatique lisant les échanges épistolaires entre Lord Elgin, sa femme et ses différents interlocuteurs à Athènes. Stéphane Monteiro a.k.a XtroniK habille le plateau du TPM d’une ambiance punk rock en diffusant des tubes à succès de David Bowie à Kate Bush en passant par The Clash.
Autour d’eux les cariatides orchestrent leur séparation et tentent de regagner leur liberté. Orchestrant le vol et le départ d’une des leur. Errant dans leur nudité originelle à la recherche d’une échappatoire et d’une justice, brisant ce qui les constitue dans une dernière danse.

(La bande à ) Laura est plus conceptuel, plus didactique mais s’attache toujours à une restitution de la mémoire culturelle. Gaëlle Bourges nous immisce dans l’atelier de Manet et de ses muses avec son tableau Olympia qui fit scandale. Elle rend hommage aux muses, aux modèles féminins qui peignaient également et devaient poser pour réussir à vivre de leur art. Tour à tour les scènes des tableaux du précurseur de l’impressionnisme et d’autres peintres de l’époque se rejouent sous nos yeux. Les danseurs et danseuses alternent les rôles et occupent toutes les places. Une manière de multiplier les perceptions et les regards pour ouvrir le champs des possibles.
