Mes Prix littéraires, de Bernhard par Olivier Martinaud à la Scene Theleme

Mes prix littéraires
@Pascal Victor

La Scène Theleme, un pari audacieux du 17e arrondissement de Paris, lancé par Jean-Marie Gurné, mêlant théâtre et gastronomie. A 19h, les portes d’une salle s’ouvrent, découvrant une petite scène qui, à 20h, laisse place à une salle de restaurant.

L’invité d’honneur du baptême de ce nouveau lieu : Thomas Bernhard avec Mes Prix littéraires. Tour à tour, sur une petite plateforme, à un mètre du public, Laurent Sauvage et Olivier Martinaud interprètent des extraits de cet ouvrage, découvert à la mort de l’auteur. Des textes inédits dans lesquels Thomas Bernhard arbore toute son exécration et son cynisme face à la médiocrité et à l’ignorance du système. Chaque récit fulmine d’anecdotes et de singularité. Malgré son humour et sa désinvolture, l’auteur nous dresse le portrait d’une société qu’il interroge et souvent le désole. Ses ponctuations poétiques et sa pertinence aiguisée amusent et questionnent.

Deux comédiens lui donnent voix, différemment mais avec beaucoup d’âme. Le mystérieux Laurent Sauvage ouvre le bal. Comédien charismatique, capable de faire trembler la Cour d’honneur du Palais des Papes, en étant simplement debout et muet, aujourd’hui, c’est son timbre de voix qui nous embarque. Déjà dans une volonté d’intimité avec Les Inquiets et les brutes, de Nis-Momme Stockmann, l’année dernière, ici il ne pouvait pas être davantage dans la confidence. Incarnant l’impudence propre à Thomas Bernhard, il nous conte son aventure du Prix de littérature de la ville de Brême. Embarqués dans cette histoire, notre imagination nous propulse en Autriche. L’émotion est à son apogée à la lecture finale du discours qu’il prononça en 1965 à la remise de ce prix « Le froid augmente avec la clarté ». Un discours sublime et effroyable dont les interrogations, cinquante ans plus tard, trouvent toujours un sens et résonnent davantage. Une belle manière de terminer la pièce en réveillant les consciences hors de la fiction et en ouvrant un autre débat d’actualité. Quant à Olivier Martinaud, il nous raconte son cheminement en vue du Prix d’état autrichien de littérature, avec espièglerie et dégout profond pour tout ce qui l’environne.  Il représente l’ironie cruelle de Thomas Bernhard avec beaucoup de malice. « Un journal viennois dénommé Wiener Montag écrivit en première page que j’étais une punaise qu’il fallait exterminer ».

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