Le Dernier Testament, par Mélanie Laurent au Théâtre de Chaillot

le dernier testamentComment aborder la foi en la religion et en l’autre ? Comment faire confiance ? Comment parvenir à s’ouvrir ? Comment accepter qu’on trouble ses acquis et ses repères ? Dans Le Dernier Testament, d’après le roman Le Dernier Testament de Ben Zion Avrohom, de James Frey, l’amour semble être la clef de tous les maux.

Un amour pur et désintéressé, incarné par Ben, une sorte de libérateur qui accompli des miracles autour de lui. Un homme qui déverse de l’amour et de la force, chez tous ceux qu’il rencontre. Prostituée droguée, marginal des tunnels, fermière, prêtre, avocat ; tous se souviennent de la joie qu’il leur a offerte. Un puits de bien être, qui leur a permis de s’assumer et de changer leur perception de la vie. Comme Dieu, Ben leur a apporté la lumière. Seuls les hérétiques, emmurés dans leur morale, leurs croyances et leur jalousie, rejetteront son don et refuseront d’y croire. Pour des gens comme Jacob, son frère, la foi doit être religieuse, sinon elle est inexistante. Des univers sociologiques et des courants de pensées s’affrontent. La beauté subsiste en chacun de nous, il faut seulement apprendre à baisser sa garde.

Des tableaux s’enchaînent, retraçant l’histoire de Ben afin de mieux comprendre qui était cet homme mystérieux, presque immortel. Un messie ? Un mirage ? Une légende ? En tout cas, une belle respiration dévouée aux autres.le dernier testament

Jocelyn Lagarrigue est un Ben lunaire, presque errant. Nancy Nkusi incarne Mariaangeles avec poigne et douceur. Quant à Lou de Lââge, habituée dernièrement à la caméra de Mélanie Laurent, elle est une sœur fébrile, tiraillée entre ses peurs et ses convictions. Beaucoup moins chaste et très drôle lorsqu’elle prend du plaisir.

le dernier testamentTous ces personnages évoluent sur le vaste plateau du Théâtre de Chaillot, recouvert de terreau, sous une lumière tamisée, tendant vers un décor et une mise en scène épurés, « Je me suis dit qu’il fallait un plateau vide avec juste de la terre », Mélanie L. Pour sa première mise en scène sur les planches, Mélanie Laurent, célèbre actrice et depuis peu, réalisatrice, au cinéma, a sans doute eu de grosses subventions et ne lésine pas sur les moyens. Sa mise en scène est un amas esthétique. Une pièce montée colossale, d’effets de styles, sans liens, qui étouffent toute la pièce. Nous assistons à un défilé de tableaux, mêlant vidéos, musiques (de Flume à du Classique), praticables, douches de lumières et de bulles, ombres et voix off. Le clou du spectacle : une timide chorale, en live, cachée dans le public. Un surplus sans intérêt, qui déboule de nulle part. Il manque le fameux cube en plexiglas, et on atteindrait l’exposition/représentation, de tous les choix dramaturgiques, à la mode du jour. Mélanie Laurent n’a fait aucune concession dans ses idées, alors qu’il aurait été juste d’épurer, pour aller à l’essentiel. Le spectateur se sent stupide lorsque le metteur en scène se sent obligé de tout lui figurer. Le texte évoque l’univers, une terre apparaît en vidéo. Un personnage se souvient de son défunt enfant, une voix off de rires de bambin s’élève à nos oreilles…

 

Retrouvez cet article sur l’Huffington Post

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