7 minutes, de Stefano Massini par Maëlle Poésy au Vieux-Colombier de la Comédie-Française

Récemment nommée au Théâtre Dijon-Bourgogne Maëlle Poésy revient au Vieux-Colombier de la Comédie-Française qu’elle avait quitté en 2016 avec Le Chant du cygne et L’Ours, de Tchekhov. Dans un registre plus moderne elle s’empare de 7 minutes/comité d’usine, de l’auteur et conseiller artistique du Piccolo Teatro de Milan, Stefano Massini. Comme pour beaucoup de ses pièces, Femme non-rééducable ou encore Chapitres de la chute/ saga des Lehman brothers7 minutes/comité d’usine s’inspire d’un fait réel. Ici Stefano Massini se penche sur l’affaire des ateliers Lejaby, en 2012. Un sujet dont s’était également emparé Carole Thibaut avec À plates coutures.

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@Vincent Pontet

Les onze membres du comité d’usine Picard & Roche se battent pour conserver leurs droits. Vaut-il mieux accepter les compromis avec les nouveaux patrons ou ne pas transiger sur les acquis sociaux ? Les avis divergent. Or le vote est imminent. C’est à elles de décider pour les deux cents ouvrières de l’usine. La proposition figurant sur la circulaire transmise à chacune des membres est la suivante : renoncer à 7 minutes de leur temps de pause déjeuner sur les 15 réglementaires, en contrepartie d’un emploi assuré et sans diminution de salaire. Pour Blanche, déléguée du personnel et depuis 30 ans dans l’usine, c’est inacceptable. Du chantage en bonne et due forme. D’autres, soulagées d’échapper au licenciement économique, seraient prêtes à faire ce pas. Blanche parviendra-t-elle à faire comprendre aux dix autres membres du comité que ce marché est illusoire ?

Une fois de plus le Vieux-Colombier de la Comédie-Française fait la part belle aux femmes, aux revendications et aux luttes féministes. On se souvient avec émotions de Hors la loi, de Pauline Bureau en 2020. Avec son adaptation de 7 minutes, Maëlle Poésy créait une choralité féminine impressionnante. De 19 à 61 ans, les 11 ouvrières textiles, de métier à tisser, de teinture, de cardage et les employées tentent de faire un choix au nom de toutes. La parole circule leur permettant de construire une pensée collective.

7 minutes » à la Comédie-Française : la lutte ouvrière en théâtre épique

« Le meilleur choix c’est de ne pas choisir… », 7 minutes/comité d’usine, de Stefano Massini

Malgré le nombre élevé de onze comédiennes, en huis clos, la metteuse en scène trouve un équilibre parfait dans le rythme, les variations et la répartition. Il y a tout un jeu silencieux de la pensée et du corps qui agit en parallèle de la parole. Les comédiennes sont toujours actives et laissent entrevoir leurs doutes et leurs peurs face au combat à mener. Véronique Vella, trop souvent absente des plateaux de la Comédie-Française nous bouleverse par son engagement sans faille et son empathie. Sa conviction et son humanité offrent à ce spectacle un relief et une poigne évidents. Élise Lhomeau discrète et sensible incarne parfaitement ce cheminement intérieur tourmenté.

« T’espères quoi ? Qu’à 22 ans j’envoie tout péter pour une question de droits ? Mais de droits de quoi ? regarde moi bien dans les yeux. Pour 7 minutes ? Je retourne nettoyer la pisse de chien pour 7 minutes ? » 7 minutes/comité d’usine, de Stefano Massini

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