Tartuffe – Théorème, de Molière par Macha Makeïeff au Théâtre des Bouffes du Nord

Macha Makeïeff la Directrice du Théâtre de la Criée à Marseille revisite le célèbre Tartuffe, de Molière au Théâtre des Bouffes du Nord. Consentement, imposture et hypocrisie s’infiltrent au cœur d’une maison bourgeoise des années 50.

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Dans Tartuffe, Molière nous fait pénétrer au sein d’une famille honnête et paisible, tout à coup troublée et désunie par la seule présence d’un étranger hypocrite et faux dévot. Un Tartuffe qui ne se dévoile pas tout de suite mais qu’on imagine d’après les ouï-dire que décrit avec malice la servante Dorine et avec naïveté Orgon le maitre de maison.

« un pourceau de sacristie, un grotesque, un bas cafard de fabliau, une trogne de moine »

Surgit pourtant un tout autre personnage. Un homme de bonne éducation qui déconcerte et dont la perversité fascine. Derrière son hypocrisie on assiste à la foi de Tartuffe se pervertir par une libido dévorante. Impudent face à Elmire son indifférence au ciel, qu’il pousse, comme chez Don Juan jusqu’à la négation de Dieu, causera sa perte.

Macha Makeïeff plonge son Tartuffe dans une époque moderne bien éloignée du 17e siècle de Molière. Elle se rattache à la partie obscure de cet être perfide pour mettre en lumière les vices d’une société aux apparences trompeuses. Mensonges et prédations s’immiscent au sein d’une famille bourgeoise guidée par le patriarcat d’Orgon qui détient toujours le dernier mot. Malgré tout le rôle des femmes n’en est pas moins négligeable. Elles semblent soumises mais contribuent pourtant à ce que la vérité éclate. Que ce soit les servantes comme Dorine qui remplace la défunte mère et aiguille Mariane sur ses discours à tenir. Ou encore Elmire qui se risque au pire pour protéger ses intérêts et sauver sa famille en cédant aux vicieuses avances de Tartuffe.

Les talents incontestables de plasticienne de la metteuse en scène Macha Makeïeff font naitre une scénographie stylisé et des costumes acidulés travaillés. Entre chaleur et ambiance glaciale les jeux de lumière de Jean Bellorini propagent du malaise, de l’horreur et des faux semblants. L’esthétique est peaufinée et transporte les comédiens dans un univers pasolinien. Ici aussi dans une famille bourgeoise, arrive un personnage mystérieux qui est l’amour divin. C’est l’intrusion du métaphysique, de l’authentique, qui vient détruire, bouleverser des vies.

Théâtre : le « Tartuffe » lunaire de Macha Makeïeff

Le spectateur est marqué par la scène entre Tartuffe et Elmire lorsque Orgon caché sous la table attend de découvrir un autre visage de son doux protégé. Xavier Gallais se révèle en Tartuffe parasite et vicieux. Dès le début de la pièce il propage une angoisse inconvenante qui attire et rebute. Sa gestuelle ambigüe offre à ce personnage tout ce qu’il y a de plus fourbe et de plus venimeux. À ses côtés Hélène Bressiant est une Elmire élégante, osée et intrépide. Elle parvient à tenir son rôle d’épouse froide et controlée tout en attisant la tentation pour percer à jour l’insaisissable Tartuffe qui se rit de tout.

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