Age of rage, d’Ivo Van Hove au Théâtre de La Villette

Ivo Van Hove le metteur en scène et directeur artistique du Toneelgroep Amsterdam fait souffler un vent de fureur sur la scène du Théâtre de La Villette. Stupéfiant dans ses lectures des récits historiques, avec  Age of rage il s’attaque à la ligné des Atrides et réunit en un seul récit Iphigénie, Les Troyennes, Hécube, Agamemnon, Elektra et Oreste.

Age of Rage

© Jan Versweyveld

Dans la plupart de ses créations, Ivo Van Hove pose un regard actuel porté sur la politique devenue notre quotidien. Il tente souvent de construire un nouveau modèle de société et offre aux spectateurs des expériences humaines en quête de réconciliation. Son théâtre raconte des histoires et propose un nouveau regard sur le réel. Un théâtre en tension avec un goût pour le drame les conflits, les sentiments et les personnages. Avec Age of rage il décrypte l’empreinte des radicalisations sur les sociétés.

Prodige de justesse et de partis pris scénique radicaux, Age of rage regorge d’une intensité chaotique qui fait miroir à notre société. Roi de Lydie en Asie mineure, Tantale a ouvert la boîte de Pandore. Il inaugure par un repas scandaleux offert aux dieux l’étrange cuisine de ses descendants qui s’aiment, se tuent, se dépècent et se mangent en famille. Il condamne sa lignée à des siècles de malédiction et de violence. Par son crime, il marque le destin des Atrides du parricide, de l’infanticide et de l’inceste. Du sort funeste réservé par Atrée à son frère Thyeste au sacrifice d’Iphigénie par Agamemnon, de l’assassinat du héros de la guerre de Troyes par sa femme, la devise « Sang pour sang » des Atrides, sonne comme une bombe à retardement. Un sang qui bouillonne sur la scène de La Villette et dont tous les personnages s’enduisent avant d’entrer sur scène.

Ivo van Hove & International Theater Amsterdam - Age of rage - La Villette  - Paris

© Jan Versweyveld

Ivo Van Hove offre au public une scène chaotique qui ne relâche jamais son énergie. Tout est sous contrôle, peut être même un peu trop. Comme souvent sa mise en scène s’écoute, se regarde, se renifle et se ressent. Les sons dialoguent avec la dramaturgie. Le Groupe Bl !ndman habitué des créations d’Ivo Van Hove compose une musique en live faite de frappes et de frottements. De la danse contemporaine s’inscrit sur ce rythme tribal et guerrier proche du rituel. Les comédiens et danseurs s’agitent et se font face sur le sol boueux, devant un écran qui nous martèle d’images et fait le pont avec notre monde technologique dans lequel la malédiction de la souffrance semble perdurer.

Ike Paddenburg sublime Iphigénie et interprète de toutes les sacrifiées de cette épopée macabre est la révélation de ce spectacle. Juvénile, poignante, intrépide et engagée, elle porte le destin fatale de plusieurs générations de femmes. Elle vole la vedette à Hans Kesting sublime et impérissable Richard III dans King’s of war.

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© Jan Versweyveld

La puissance de ce spectacle réside dans le traitement de la violence comme seul moyen de transformer le monde. L’incapacité à se faire entendre est maître et le dialogue n’existe pas. Seuls les actes les plus barbares justifiés par les croyances et Appollon trouvent foi. Ce rapport au massacre au nom de la religion résonne douloureusement… Au nom d’idéaux supérieurs le meurtre devient légitime. Les personnage sont soumis à la fatalité. Le changement n’opérera pas et ils ne trouveront jamais le repos. Le metteur en scène clôt cependant cette intense épopée par de l’espoir. Il faut essayer de retrouver le soleil et la lumière.

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