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Portrait – Laurent Sauvage

En 2010, avec « My Secret garden », de Falk Richter, il prenait la parole, devant des monticules de caisses en fer. En 2013, il tenait tête, muet, à toute la Cour d’honneur du Palais des Papes à Avignon avec « Par les villages », de Peter Handke. Un silence prenant, empli d’une part de mystère que le charismatique Laurent Sauvage cultive toujours.

La Scène Thélème marque la fin de son année 2016. Une nouvelle scène atypique et minuscule, cachée, dans une salle de restaurant. Un lieu intime où développer la matière du texte lui semble passionnant. Un plateau dénué de décor, doit retenir l’attention du spectateur en véhiculant une parole forte. Comédien dans « Mes Prix littéraires », de Thomas Bernhard, mis en scène par Olivier Martinaud, il monte ensuite « La Cuisine de Marguerite », de Marguerite Duras. Un travail de duos, qui marque une pause avec Stanislas Nordey, qui le mettait en scène dans « Je suis Fassbinder » de Falk Richter, au Théâtre de la Colline, en mai dernier.

Même s’il nous fait découvrir deux auteurs majeurs de la littérature, il préfère se tourner vers les auteurs contemporains et bien vivants. Raconter notre réalité. Avec « Je suis Fassbinder », il y avait un réveil des consciences, la possibilité de s’engager à son niveau en balançant une parole, sur un plateau. À la fois par conviction, mais bien sûr sans oublier le plaisir. Le plus important est de véhiculer des idées. Laurent Sauvage ne perçoit pas la scène comme un lieu de revendication ou de politique. Le théâtre permet de modifier les mentalités, c’est son utilité. Suite à un grand travail dans les théâtres publics en banlieues, il a remarqué, chez les scolaires, que l’adhésion d’un enfant à un texte, pouvait changer une vision des choses, une existence. La transmission est importante.

Plutôt pudique dans la vie, il ne l’est jamais sur le plateau. Son corps conserve une retenue, mais la pensée et les émotions sont ses endroits de mises à nus, où il peut chercher très loin. Le jeu est un espace d’exploration. Sa façon d’être au plateau, son regard, lui donne des airs mystérieux et insaisissables. La notion de personnage lui est étrangère. Il ne construit personne car il tient à rester lui-même. Lui, au plus proche de lui, en respectant les demandes liées à l’écriture et à la mise en scène. Il ne désire pas trop composer pour ne pas tricher. Laurent Sauvage est un comédien qui travaille dans son état naturel et au moment présent.

Le metteur en scène Stanislas Nordey, connait bien cet acteur de théâtre. Trente ans de compagnonnage les lient. Une aventure qui débute dans le Festival Off d’Avignon, avec « La Dispute », de Marivaux. Des années de galère pendant lesquelles Stanislas Nordey était déjà un acharné du travail alors que Laurent Sauvage, se la jouait, plus glandeur. Les années passent, trop vite à leur goût, mais une fidélité se créait liée à un désir mutuel qui existe toujours. Les projets s’enchaînent. Stanislas Nordey a une vision et un instinct. Il donne aux comédiens la liberté nécessaire pour proposer. Une confiance que Laurent Sauvage considère comme rare dans ce métier. Une confiance absolue, qui lui donne des ailes sur un plateau.

Lorsqu’il passe, à son tour, de l’autre côté de la scène, le metteur en scène Laurent Sauvage aime regarder les comédiens et s’inspirer de leurs désirs, de leur humanité. Se laisser surprendre afin de saisir ce que les acteurs peuvent apporter à l’écriture. Ne partir de rien, mais avec une idée bien précise comme pour « La Cuisine de Marguerite », de Duras (un montage de textes, la place de la femme).

En 2017, nous le retrouverons avec « Erich von Stroheim », aux côtés d’Emmanuelle Béart et de Thomas Gonzalez, sous la direction de Stanislas Nordey.

 

Retrouvez ce portrait sur l’Huffington Post

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