Et pourquoi moi je dois parler comme toi ?, d’Anouk Grinberg et beaucoup d’autres, mis en scène par Alain Françon au Théâtre de la Colline

Plusieurs années après sa création, Anouk Grinberg reprend sur la scène du Théâtre de la Colline Et pourquoi moi je dois parler comme toi ?, dans une mise en scène d’Alain Françon. Un moment d’humanité et de poésie hypnotique qui rend hommage à la parole de ceux considérés comme des dérangés de notre société.

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C’est en créant un parallèle entre la parole de poètes célèbres et celle d’inconnus, qu’Anouk Grinberg donne voix aux inconsidérés, aux intranquilles, aux anormaux. À ceux dont l’esprit et la perception du monde sortaient de la norme établie. Les êtres enfermés qui pour témoigner et ne pas tomber dans l’oubli ont écrit leurs états d’âme, leur indignation, leur injustice et leur amour du monde et de l’existence. D’Henri Michaux, en passant par Lotte Morin Jego Hestz, Emily Dickinson ou encore par des anonymes, leurs récits reflètent l’essence même de la vie.

Se déploie alors sur scène une multiplicité de langages. Des langues éraillées, blessées et cabossées mais tellement poétiques et percutantes. Des mots et des constatations qui vont droit au cœur de par leur sincérité parfois brutale mais toujours pure.

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Nicolas Repac, grand musicien, fidèle alter ego du chanteur Arthur H, accompagne la création de ces mondes singuliers en leur offrant de la profondeur. Les instruments subliment les récits et les soutiennent. Leurs mélodies offrent aux auteurs absents un réconfort et de la beauté. La musique rompt avec la laideur souvent associée au rejet et à la marginalité. Elle magnifie l’oublie et offre une part d’éternité.

À ses côtés, Anouk Grinberg, époustouflante, fait le lien entre tous ces artistes oubliés et souvent méconnus. Sublime et magnétique, la comédienne nous fascine tout du long. Elle ouvre les portes de confins méconnus qui connaissent encore l’émerveillement. Elle dévoile des mondes boiteux souvent plus adaptés dans leur rapport sensoriel, dans leur relation à l’autre, que la plupart des êtres. Tout en elle s’éveille, se tord, s’émeut. Ses ressources semblent inépuisables, son âme connectée avec celles des disparus. Comme à son habitude Alain Françon a su créer une mise en scène sobre et juste et surtout une dynamique variée entre tous ces témoignages.

Anouk Grinberg déambule, micro à la main sur une bâche blanche recouverte de gouaches colorées. Une toile qui fait la césure entre deux mondes. Le réel implacable et l’imaginaire de ceux qui prennent la parole. Comme l’espace de leur imagination débordante, celui d’une reconnexion avec la matière et la création. La scène se fait miroir de leurs poèmes et une vague de frissons envahit la salle.

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